Les piscines publiques sont aujourd’hui au cœur d’un paradoxe de plus en plus complexe à gérer : consommer moins d’énergie, respecter des réglementations de plus en plus strictes, tout en maintenant un haut niveau de service public.
C’est autour de cette équation que s’est tenu notre premier webinaire EcoConso, consacré aux enjeux énergétiques des piscines publiques et à l’importance de la donnée comme outil de pilotage. Voici les enseignements clés à retenir.
Un équipement public unique, mais particulièrement énergivore
Avec les hôpitaux, les piscines publiques figurent parmi les bâtiments les plus énergivores du secteur public. Chauffage de l’eau, traitement de l’air, hygrométrie, ventilation, éclairage, fonctionnement des équipements techniques : chaque poste pèse lourd dans les charges d’exploitation.
Contrairement à la majorité des bâtiments tertiaires, la piscine publique ne peut être appréhendée comme un simple actif immobilier soumis à des objectifs de performance standardisés. Elle est à la fois un équipement sportif, un lieu d’apprentissage, un espace de santé préventive et un service public de proximité, fréquenté par l’ensemble de la population, de l’enfance au grand âge. À ce titre, elle joue un rôle structurant dans la cohésion sociale et territoriale, tout en constituant un patrimoine collectif à forte valeur d’usage, pensé pour s’inscrire dans le temps long.
Cette pluralité de fonctions et d’usages complexifie fortement l’application de cadres réglementaires génériques, tels que le décret tertiaire ou les obligations liées aux systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments (BACS), initialement conçus pour des bâtiments aux usages plus homogènes et prévisibles.
Le triple défi des gestionnaires de piscines publiques
Réduire les consommations tout en améliorant la qualité de service, c’est une équation est complexe mais incontournable. Les gestionnaires et collectivités doivent désormais composer avec trois contraintes majeures, souvent contradictoires :
La hausse structurelle des coûts
Les piscines publiques sont confrontées à une augmentation continue de leurs coûts, tant à l’investissement qu’à l’exploitation. L’évolution des prix de l’énergie, la complexification des installations techniques et le vieillissement du parc existant fragilisent des modèles économiques historiquement déjà contraints.
Dans ce contexte, les équilibres financiers reposant sur des hypothèses de fonctionnement stables apparaissent de moins en moins adaptés aux réalités actuelles, obligeant les collectivités à repenser en profondeur leurs modes de gestion.
La pression réglementaire et environnementale
À cette contrainte économique s’ajoute un cadre réglementaire de plus en plus exigeant, porté par les objectifs nationaux et européens de sobriété énergétique et de réduction des émissions. Si ces orientations sont nécessaires, leur déclinaison opérationnelle pose question pour les équipements aquatiques, dont les besoins énergétiques sont intrinsèquement élevés.
Les dispositifs réglementaires existants, conçus pour des bâtiments tertiaires aux usages relativement homogènes, peinent parfois à intégrer les spécificités fonctionnelles et techniques des piscines publiques.
L’exigence croissante des usagers
Enfin, les exigences des usagers évoluent rapidement. Diversification des activités, élargissement des plages horaires, confort thermique et qualité de l’air, continuité du service public : la piscine est désormais attendue comme un lieu de vie à part entière.
Cette montée en gamme de l’expérience utilisateur impose de concilier performance énergétique et qualité de service, sans compromis sur l’accueil, la sécurité ou le bien-être des publics. La réduction des consommations ne peut donc s’envisager qu’à condition de préserver, voire d’améliorer, l’expérience vécue par les usagers.
Le constat terrain : un pilotage encore trop peu prédictif
Sur le terrain, un constat revient systématiquement chez les exploitants et directeurs d’équipements :
- les installations techniques sont perfectibles,
- leur pilotage repose encore largement sur des consignes statiques,
- la gestion énergétique reste majoritairement réactive.
La data comme levier de transformation de la gestion énergétique
C’est ici que la donnée prend tout son sens.
En croisant des données de fréquentation (contrôle d’accès, caméras de comptage, historiques d’usage) avec les paramètres techniques du bâtiment, il devient possible de mieux comprendre les usages réels, d’anticiper les pics et creux de fréquentation, d’adapter les consignes de fonctionnement en conséquence, et de passer d’une gestion subie à une gestion pilotée.
Même avec peu d’historique, il est possible d’identifier des tendances et de bâtir des modèles progressifs d’optimisation.
Un exemple concret : quand la data permet de réduire la consommation
Lors du webinaire, un retour d’expérience terrain a illustré concrètement l’impact de cette approche.
En ajustant le fonctionnement des centrales de traitement d’air à partir des données de fréquentation réelle (et non plus sur des hypothèses constantes), l’Aquatis, centre aquatique moderne de l’agglomération de Fougères, a pu conserver des conditions optimales d’hygrométrie et de température, sécuriser le bâtiment sur les plages nocturnes, et réduire sa consommation électrique de plus de 13 %.
Un gain obtenu sans dégrader le service public, simplement en pilotant plus finement les installations.
EcoConso : relier l’humain, la technologie et la performance
EcoConso ne se limite pas à un outil technique. C’est un véritable projet d’établissement, conçu pour :
- Aider les équipes à mieux comprendre leur équipement,
- Redonner de la visibilité aux directeurs et gestionnaires,
- Créer un lien entre les données, les usages et la prise de décision.
Un point clé a été rappelé : l’intelligence artificielle ne remplacera jamais les équipes techniques. Sans appropriation humaine, aucun outil ne peut produire de résultats durables. L’enjeu est donc autant technologique qu’organisationnel.
Atteindre les objectifs réglementaires : oui, mais durablement
Et après ?
Ce premier webinaire inaugure un cycle de rendez-vous mensuels dédiés à la performance énergétique des piscines publiques, avec une ambition claire : apporter des clés de lecture concrètes, opérationnelles et directement applicables aux réalités de terrain.
Le prochain webinaire se tiendra le jeudi 27 novembre 2025 et portera sur le thème de l’intelligence artificielle au service de la performance énergétique des piscines publiques.
Il proposera un éclairage encore plus pragmatique sur la manière dont l’IA et l’exploitation intelligente des données peuvent accompagner les gestionnaires dans le pilotage quotidien de leurs équipements.