Face à la hausse durable des coûts d’exploitation, aux objectifs de sobriété énergétique et à la nécessité de préserver la qualité du service public, la question n’est plus vraiment de savoir s’il faut améliorer la performance énergétique des piscines publiques.
La difficulté se situe désormais ailleurs : par où commencer ?
Avant d’engager des investissements, de modifier des réglages techniques ou de transformer l’organisation d’un équipement, une collectivité doit pouvoir comprendre son potentiel réel d’optimisation. Car deux piscines ne fonctionnent jamais exactement de la même manière : leur fréquentation, leur configuration technique, leur programmation, leur climat ou encore leurs consommations diffèrent.
Le dixième webinaire EcoConso s’est donc intéressé à cette étape charnière entre l’intention et l’action : comment objectiver le potentiel d’un équipement avant de décider, et ainsi construire une démarche énergétique progressive et maîtrisée ?
Avant d’agir, commencer par mesurer le potentiel réel
Lorsqu’une collectivité souhaite réduire les consommations d’une piscine, la tentation peut être de commencer immédiatement par les équipements : modifier une consigne, remplacer un matériel, intervenir sur une centrale de traitement d’air ou investir dans un nouvel outil de régulation.
Mais avant de déterminer comment économiser, encore faut-il savoir où se situe réellement le potentiel.
C’est tout l’intérêt d’une phase préalable de simulation. En croisant les caractéristiques techniques de l’équipement, ses consommations et ses usages, il devient possible d’estimer les marges d’optimisation avant d’engager une transformation plus importante.
Cette approche permet de remplacer une logique fondée sur des hypothèses générales par une analyse propre à chaque site. Une piscine située à Brest ne peut pas être modélisée exactement comme un équipement situé à Aix-en-Provence : le climat, les plannings, les caractéristiques des bassins, les équipements techniques et les habitudes de fréquentation ne sont pas les mêmes.
La première manière de réduire le risque consiste donc à ne pas généraliser.
La FMI ne dit pas comment une piscine est réellement utilisée
Cette individualisation suppose également de choisir les bons indicateurs.
La fréquentation maximale instantanée, ou FMI, reste indispensable pour répondre notamment aux exigences de sécurité d’un établissement. Mais elle ne représente pas son usage quotidien.
Une piscine dimensionnée pour accueillir plusieurs centaines de personnes peut fonctionner une grande partie de la journée avec une occupation très inférieure à cette capacité. Piloter constamment les installations selon une hypothèse de fréquentation maximale revient alors à déconnecter les besoins techniques de la réalité du terrain.
Pour raisonner en matière de performance énergétique, il faut donc s’intéresser davantage au taux d’utilisation réel de l’équipement : combien de personnes sont présentes, à quels moments et selon quels usages ?
La distinction va même plus loin. Pour certains phénomènes physiques comme l’évaporation, savoir combien de personnes se trouvent effectivement dans l’eau apporte une information supplémentaire déterminante. Un bassin calme et un bassin fortement fréquenté ne génèrent pas les mêmes besoins.
C’est ce passage d’une capacité théorique à une valeur d’usage réelle qui permet d’affiner progressivement le pilotage.
La prédiction devient pertinente lorsqu’elle est propre à chaque piscine
Pour anticiper les usages, EcoConso s’appuie sur un modèle de prédiction des fréquentations entraîné individuellement pour chaque équipement.
Le principe est essentiel : il n’existe pas un modèle national appliqué indistinctement à toutes les piscines. Chaque site dispose de son propre modèle, alimenté par ses données et réactualisé régulièrement.
Lors du webinaire, l’exemple présenté affichait une justesse de prédiction de 92,9 %. EcoConso considère qu’à partir d’un seuil de 80 % de fiabilité, la prédiction devient suffisamment cohérente pour servir de base à une simulation du potentiel d’économies d’énergie.
Cette précision n’est pas figée. Le modèle continue de travailler et de confronter les fréquentations anticipées aux fréquentations réellement constatées. Des événements inhabituels (arrêt technique, groupe non enregistré dans le contrôle d’accès, modification exceptionnelle de l’exploitation) peuvent expliquer certains écarts et permettre d’enrichir progressivement la compréhension du site.
La donnée devient ainsi dynamique : elle ne sert plus uniquement à constater ce qui s’est passé, mais à préparer ce qui va se passer.
Simuler avant d’investir pour objectiver la décision
Une fois la prédiction suffisamment fiable, l’étape suivante consiste à traduire cette connaissance des usages en potentiel d’optimisation.
Le simulateur présenté lors du webinaire repose sur quatre grandes familles d’informations : les caractéristiques du site, les fréquentations, les consommations et les leviers techniques pouvant être activés.
Il faut notamment comprendre la surface et le volume des bassins, les hauteurs sous plafond, les énergies utilisées, les automatismes disponibles, les débits, les consignes existantes ou encore les consommations réelles d’eau et d’énergie.
Cette connaissance détaillée permet ensuite de modéliser les effets d’un fonctionnement davantage aligné sur les usages.
Par exemple, l’apport d’air neuf peut historiquement être paramétré selon une capacité maximale relativement statique. Une approche prédictive permet au contraire de réfléchir à son ajustement selon l’affluence attendue, dans le respect des contraintes techniques et réglementaires.
L’objectif n’est donc pas de faire fonctionner moins les équipements par principe, mais de les faire fonctionner au niveau nécessaire, au moment nécessaire.
Un potentiel d’économie n’est pas une promesse uniforme
Cette étape de simulation est également importante pour éviter une autre erreur : appliquer le même objectif à tous les équipements.
Certaines piscines disposent encore d’importantes marges de progression. D’autres ont déjà mené pendant plusieurs années un travail approfondi sur leurs consommations et leur exploitation.
Lors du webinaire, l’équipe d’un centre aquatique ouvert en 2016 a par exemple partagé les importantes réductions déjà obtenues sur ses consommations de gaz, d’eau et d’électricité. Dans ce type de situation, la question n’est évidemment plus de promettre les mêmes gains qu’à un équipement peu optimisé, mais d’identifier les marges supplémentaires encore accessibles.
Autrement dit, la performance doit être contextualisée.
Une collectivité qui a déjà beaucoup travaillé pourra peut-être rechercher quelques points supplémentaires d’optimisation, tandis qu’un autre établissement disposera d’un potentiel beaucoup plus important. C’est précisément l’analyse des données du site qui doit permettre de faire cette distinction.
Les garde-fous techniques sont aussi importants que le potentiel calculé
Une simulation n’a de valeur que si elle tient compte des limites réelles de l’installation.
Le modèle présenté intègre donc des garde-fous permettant d’identifier certaines incohérences ou contraintes techniques. Une centrale de traitement d’air dont le débit nominal devient insuffisant face au besoin calculé ne doit pas conduire à afficher artificiellement un gain supplémentaire : elle doit au contraire faire remonter une alerte sur le fonctionnement de l’équipement.
C’est un point essentiel dans une démarche de réduction du risque.
La donnée ne doit pas uniquement servir à identifier ce qui pourrait être économisé. Elle doit également permettre de détecter ce qui peut effectivement être mis en œuvre dans les conditions réelles d’exploitation.
Cette logique transforme progressivement la simulation en outil d’aide à la décision : avant d’engager une action, la collectivité dispose d’une vision plus précise de son équipement, de ses contraintes et des leviers qu’elle peut raisonnablement activer.
Faut-il disposer d’une GTB ou d’une GTC pour commencer ?
C’est l’une des questions soulevées pendant le webinaire : une gestion technique centralisée ou une gestion technique du bâtiment est-elle indispensable pour engager une telle démarche ?
Pas nécessairement.
De nombreux équipements disposent déjà d’automatismes intégrés à leurs centrales de traitement d’air ou à d’autres installations techniques sans pour autant bénéficier d’un système centralisé. Ces automatismes peuvent constituer une première base de travail.
En revanche, plus le pilotage devient avancé, plus la capacité à récupérer les données techniques et, à terme, à transmettre des consignes devient importante. Ces échanges peuvent servir soit à proposer des réglages aux équipes, soit à automatiser certaines consignes lorsque l’environnement technique le permet.
L’enjeu n’est donc pas d’attendre de disposer d’une piscine parfaitement digitalisée avant de commencer, mais d’identifier précisément ce qui existe déjà et ce qui peut être exploité.
Commencer petit pour décider ensuite
Passer à l’action ne signifie pas nécessairement déployer immédiatement une transformation complète de l’exploitation.
Une première simulation peut déjà permettre d’estimer un ordre de grandeur et d’ouvrir le dialogue avec une direction générale, des élus ou des équipes techniques. Une analyse plus approfondie peut ensuite intégrer davantage de données réelles et affiner le potentiel propre au site.
Cette progressivité est précisément ce qui permet de réduire le risque : mesurer, comprendre, simuler, puis décider.
La transition énergétique d’une piscine publique ne doit pas commencer par un pari. Elle peut commencer par une meilleure connaissance de son fonctionnement réel.
Passer à l’action, c’est d’abord réduire l’incertitude
Les collectivités disposent aujourd’hui de nombreuses données sur leurs équipements, mais celles-ci prennent réellement de la valeur lorsqu’elles permettent d’éclairer une décision.
Connaître la fréquentation réelle, comprendre les consommations, identifier les automatismes disponibles et simuler les effets des différents leviers permet de construire une trajectoire adaptée à chaque piscine.
Le passage de l’intention à l’action ne repose donc pas nécessairement sur un investissement immédiat. Il commence par une question beaucoup plus simple : que peut réellement gagner cet équipement, compte tenu de ses usages et de son fonctionnement ?
En apportant une réponse objectivée à cette question, la donnée permet de transformer une ambition générale de sobriété énergétique en plan d’action concret, progressif et maîtrisé.
Vous souhaitez obtenir une première estimation du potentiel d’optimisation énergétique de votre piscine ? Testez dès maintenant notre simulateur en quelques minutes.
Et après ?
Le prochain webinaire EcoConso aura lieu le 29 octobre 2026 autour du thème : « Installer un outil de pilotage énergétique sans désorganiser l’exploitation »
Une fois le potentiel d’optimisation identifié, une nouvelle question se pose : comment intégrer concrètement un outil de pilotage dans une piscine en fonctionnement ?
Nous verrons comment préparer son déploiement, articuler données, équipements et organisation existante, et faire évoluer progressivement le pilotage énergétique sans perturber le quotidien des équipes ni la continuité du service public.
Vous souhaitez évaluer le potentiel d’optimisation énergétique de votre équipement ? Échangez avec nos équipes pour approfondir l’analyse de votre piscine.