Depuis la crise énergétique de 2021, les piscines publiques font face à une transformation profonde de leur environnement d’exploitation. Hausse durable des prix de l’énergie, disparition progressive des tarifs réglementés, exigences réglementaires accrues : chaque kilowattheure consommé est désormais un acte de gestion engageant.
C’est dans ce contexte que s’est tenu le deuxième webinaire EcoConso, consacré au rôle de l’intelligence artificielle prédictive dans l’optimisation énergétique des piscines publiques. L’objectif était clair : montrer comment l’IA peut devenir un levier concret pour reprendre la maîtrise des consommations, sans dégrader la qualité du service public.
La piscine publique : un concentré de contraintes énergétiques
L’équipement aquatique est, de très loin, l’un des bâtiments publics les plus énergivores. À titre de comparaison, une piscine publique consomme jusqu’à vingt fois plus d’énergie qu’une école ou qu’un gymnase. Cette réalité s’explique par la combinaison permanente de plusieurs besoins critiques : chauffage de grands volumes d’eau, maintien de conditions hygrométriques strictes, traitement de l’air, ventilation, éclairage et fonctionnement continu des équipements techniques.
Depuis la crise énergétique, cette contrainte s’est encore accentuée. Malgré un léger reflux des prix, les niveaux de consommation et de coûts restent structurellement supérieurs de près de 30 % à ceux observés avant 2021. Dans de nombreuses collectivités, la piscine peut désormais représenter entre 10 et 40 % de la consommation énergétique totale de la commune, faisant de cet équipement un véritable point de tension budgétaire.
Un cadre réglementaire exigeant (et parfois difficilement applicable)
Face à cette situation, les collectivités doivent également composer avec un cadre réglementaire de plus en plus contraignant. Le décret tertiaire impose une réduction de 40 % des consommations énergétiques à horizon 2030, tandis que le décret BACS impose la mise en place de systèmes d’automatisation et de contrôle intelligents avant 2027.
Si ces objectifs répondent à une logique environnementale nécessaire, leur application aux piscines publiques pose question. Les méthodes de calcul et les référentiels utilisés ont été conçus pour des bâtiments tertiaires aux usages relativement homogènes, alors même que les piscines présentent des profils d’exploitation extrêmement variables, fortement dépendants de la fréquentation et des usages.
Les gestionnaires se retrouvent ainsi pris dans un véritable étau : devoir réduire drastiquement les consommations, tout en maintenant, voire en améliorant, le niveau de confort et de service attendu par les usagers.
Le cœur du problème : une gestion encore trop réactive
Historiquement, la majorité des piscines publiques sont pilotées selon des consignes fixes ou semi-fixes. Les installations sont souvent réglées sur des hypothèses de fréquentation maximales, afin de garantir le confort en toute circonstance. Ce mode de fonctionnement génère mécaniquement des surconsommations importantes, notamment lors des phases de variation rapide de fréquentation.
Or, l’activité d’une piscine est par nature fluctuante : scolaires, grand public, clubs, événements ponctuels, conditions météorologiques ou périodes de vacances viennent constamment modifier les besoins réels du bâtiment. Sans outil de prédiction, ces variations entraînent des appels de puissance répétés, coûteux et difficiles à maîtriser.
L’intelligence artificielle prédictive : un changement de paradigme
L’approche proposée par EcoConso repose sur une intelligence artificielle prédictive, volontairement distincte des IA génératives largement médiatisées. Il s’agit d’une IA maîtrisée, encadrée, conçue pour analyser des données spécifiques et produire des recommandations opérationnelles ciblées.
Son principe est simple : tout part de la fréquentation réelle et prévisionnelle de l’équipement. En collectant les données issues du contrôle d’accès, des systèmes de comptage et des historiques d’usage, l’IA est capable d’apprendre les rythmes de fréquentation propres à chaque piscine. Elle génère alors des courbes prédictives permettant d’anticiper les besoins thermiques et énergétiques à court, moyen et long terme.
Cette anticipation permet de transformer le pilotage énergétique du bâtiment. Là où la gestion classique subit des pics et des creux de consommation, l’IA permet de lisser les appels de puissance et d’ajuster les consignes en amont, en fonction des usages réellement attendus.
Du pilotage curatif à la performance énergétique durable
L’un des apports majeurs de l’IA prédictive est la capacité à sortir d’une logique curative. En anticipant les besoins plutôt qu’en les subissant, les systèmes de régulation peuvent fonctionner de manière plus stable, plus efficiente et moins énergivore.
Concrètement, cela se traduit par une réduction significative des consommations, une meilleure maîtrise des coûts et une diminution de l’empreinte environnementale du bâtiment. Les premiers déploiements d’EcoConso montrent qu’il est possible d’atteindre des économies d’énergie de l’ordre de 30 %, avec un retour sur investissement inférieur à douze mois.
Un outil au service des équipes, pas un substitut
Un point essentiel a été rappelé tout au long du webinaire : l’intelligence artificielle ne remplace pas les équipes techniques. Elle vient au contraire renforcer leur capacité d’analyse et de décision. En automatisant le traitement de milliers de données impossibles à exploiter manuellement, l’IA libère du temps et permet aux équipes de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
EcoConso s’inscrit ainsi comme un véritable projet d’établissement, mobilisateur pour les équipes, structurant pour les gestionnaires et sécurisant pour les collectivités.
Tester l’IA prédictive : une démarche progressive et maîtrisée
Dans sa phase actuelle de déploiement, EcoConso propose aux collectivités intéressées de tester l’IA prédictive sans engagement financier. L’algorithme est installé afin d’apprendre les habitudes de fréquentation sur une période de plusieurs mois. À l’issue de cette phase, la collectivité conserve la maîtrise totale de la décision de déploiement opérationnel.
Cette approche progressive permet de sécuriser la démarche, d’objectiver les résultats et d’inscrire la performance énergétique dans une trajectoire durable.
Et après ?
Ce deuxième webinaire s’inscrit dans la continuité d’un cycle de rendez-vous mensuels dédiés à la performance énergétique des piscines publiques, avec une approche toujours plus opérationnelle.
Le prochain webinaire aura lieu le jeudi 18 décembre 2025 et portera sur le thème : pourquoi les piscines publiques sont-elles si énergivores ?
L’occasion de prendre de la hauteur, de déconstruire certaines idées reçues et de mieux comprendre les leviers d’action à disposition des gestionnaires.