Webinaire #8 : Piscines publiques, un angle mort énergétique pour les collectivités ?

Les piscines publiques représentent aujourd’hui l’un des postes énergétiques les plus lourds du patrimoine communal. Pourtant, elles restent encore largement absentes des réflexions stratégiques sur l’énergie, la performance patrimoniale ou la trajectoire carbone des collectivités.

C’est autour de ce paradoxe que s’est tenu le huitième webinaire EcoConso : comprendre pourquoi les équipements aquatiques demeurent un “angle mort énergétique” dans de nombreux territoires, et pourquoi cette situation n’est plus tenable à l’approche des échéances réglementaires du décret tertiaire.

Un poids énergétique largement sous-estimé

Les chiffres sont connus des exploitants, mais restent encore mal intégrés dans les arbitrages politiques.

Une piscine publique consomme en moyenne entre 2 800 et 3 400 kWh par mètre carré de plan d’eau chaque année, soit jusqu’à vingt fois plus qu’un bâtiment public classique . Dans une commune d’environ 20 000 habitants, un seul équipement aquatique peut représenter près de 10 % de la consommation énergétique communale totale.

Depuis la crise énergétique de 2021, les factures ont parfois été multipliées par trois ou quatre, mettant brutalement en lumière la vulnérabilité économique de ces équipements. Et pourtant, malgré ce poids considérable, la piscine reste souvent traitée comme un sujet isolé, technique, périphérique.

Un patrimoine “entre deux mondes”

L’une des idées fortes développées lors du webinaire est que la piscine publique souffre d’un positionnement ambigu dans les collectivités.

Trop technique pour les élus, elle devient difficile à intégrer dans les arbitrages stratégiques. Trop politique pour les services techniques, elle dépasse le simple cadre de l’exploitation bâtimentaire.

Résultat : personne ne pilote réellement l’ensemble.

Les données existent, les équipements techniques se multiplient, les systèmes de supervision aussi. Mais l’absence de vision consolidée transforme souvent la donnée en bruit plutôt qu’en outil de décision.

Le problème n’est donc pas l’absence de technologie. Le problème est l’absence de méthode.

Extrait du webinaire #8 EcoConso

Vieillissement du patrimoine : le coût de l’absence de pilotage

Le patrimoine aquatique français reste globalement vieillissant. Même si les collectivités investissent fortement dans de nouveaux projets, une grande partie du parc existant repose encore sur des équipements conçus il y a plusieurs décennies. Or, un bâtiment non piloté vieillit plus vite.

Quand les systèmes fonctionnent sans logique d’optimisation globale, les installations techniques s’usent prématurément, les consommations dérivent et les coûts d’exploitation augmentent progressivement.

Cette dégradation est souvent silencieuse. Elle ne devient visible qu’au moment où les dépenses explosent ou lorsqu’un investissement lourd devient inévitable. Le sujet énergétique ne peut donc plus être considéré comme une simple question de charges. Il devient un sujet de préservation patrimoniale.

Le décret tertiaire change définitivement les règles

Le webinaire rappelle également une réalité désormais incontournable : le cadre réglementaire ne laissera plus de place à l’inaction.

Les objectifs du décret tertiaire imposent des réductions de consommations de 40 % à horizon 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 . Les collectivités doivent également déclarer leurs données sur la plateforme OPERAT sous peine de sanctions pour non-conformité.

Mais au-delà de l’obligation réglementaire, cette échéance agit comme un accélérateur de transformation. Elle oblige les collectivités à changer de posture : passer d’une logique de simple gestion à une logique de pilotage.

Extrait du webinaire #8 EcoConso

Sortir d’une logique défensive

L’un des changements de paradigme proposés pendant ce webinaire consiste à ne plus considérer la piscine comme un passif générant de la dette, mais comme un actif stratégique.

Cette distinction est essentielle : un passif subit les arbitrages ; un actif se pilote, se valorise et se protège.

Lorsqu’une piscine est pensée uniquement comme un centre de coûts, les décisions deviennent défensives : réduction des horaires, reports d’investissements, fermetures saisonnières, interventions dans l’urgence.

À l’inverse, lorsqu’elle est considérée comme un actif stratégique, chaque économie d’énergie renforce :

  • la capacité d’investissement,
  • la durée de vie des équipements,
  • la qualité du service rendu,
  • et la trajectoire patrimoniale de la collectivité.

La donnée comme nouveau cœur du pilotage

Le cœur du raisonnement développé pendant le webinaire repose sur un point central : la donnée.

Aujourd’hui, de nombreuses piscines disposent déjà d’automates, de systèmes de GTB ou de supervision. Pourtant, ces outils restent souvent sous-exploités.

Accumuler des données ne suffit pas. Encore faut-il leur donner un rôle opérationnel. La logique proposée consiste à relier plusieurs dimensions :

  • les consommations énergétiques,
  • les fréquentations,
  • les usages réels des bassins,
  • les paramètres météorologiques,
  • les contraintes d’exploitation.

Cette mise en relation permet enfin de comprendre pourquoi une piscine consomme à certains moments et, surtout, comment agir.

Le vrai levier : anticiper plutôt que réagir

Ce rendez-vous était l’occasion d’insister fortement sur un point : la majorité des installations aquatiques fonctionnent encore dans une logique réactive. Les systèmes techniques réagissent lorsque les usagers arrivent. Or, à ce moment-là, le pic de consommation est déjà engagé.

L’approche défendue par EcoConso repose au contraire sur une logique prédictive : anticiper les fréquentations pour préparer les installations en amont.

Extrait du webinaire #8 EcoConso

Car dans une piscine, la consommation énergétique suit directement les flux d’usagers. Plus les variations de fréquentation sont importantes, plus les appels de puissance le sont également.

En prédisant ces variations grâce à l’analyse de centaines de paramètres, il devient possible de lisser les consommations et d’éviter une partie importante des dérives énergétiques.

La technique ne doit plus être perçue comme une dépense

Autre idée structurante du webinaire : la technique doit cesser d’être considérée uniquement comme un coût. Lorsqu’elle est bien utilisée, elle devient un effet de levier.

Un kilowattheure économisé ne représente pas uniquement une baisse de facture. Il représente une capacité d’investissement supplémentaire, une amélioration de la durée de vie des installations et un renforcement de la trajectoire patrimoniale.

Le pilotage énergétique devient alors un outil stratégique au service de l’économie, du patrimoine et de la gouvernance politique.

Une nouvelle manière de penser les piscines publiques

Le message de fond porté par ce huitième webinaire est clair : la piscine publique ne peut plus être traitée comme un équipement isolé, uniquement technique ou uniquement budgétaire. Elle doit être intégrée pleinement dans les stratégies énergétiques territoriales.

Non seulement parce qu’elle consomme beaucoup, mais surtout parce qu’elle constitue un formidable levier de transformation lorsqu’elle est pilotée intelligemment.

Et après ?

Le prochain webinaire aura lieu le 24 juin 2026 et portera sur le thème des gains invisibles : comment économiser sans fermer ni dégrader le service ?

Un nouveau rendez-vous consacré aux leviers d’optimisation souvent sous-estimés, capables de générer des économies d’énergie significatives sans réduire les usages, sans dégrader le confort des usagers et sans compromettre les missions de service public.

Table des matières

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